LA LETTRE NUCLEAIRE
N°2 - 15 avril 2000
Laccident de Tchernobyl.
1- Les circonstances de laccident.
La centrale de Tchernobyl se trouve à la limite Nord de lUkraine, à une centaine de kilomètres au Nord de Kiev, à côté dune ville nouvelle relativement importante, Pripyat, où habitent la plupart des employés de la centrale et leurs familles.
Le site compte 4 tranches de 1000 MWe (mégawatts électriques), soit 3200 MWth (mégawatts thermiques) de la filière RBMK (voir Lexique) de conception russe très différente de celle nos réacteurs à eau légère pressurisée (REP).
Cest en effet un réacteur à neutrons thermiques modéré au graphite, chargé dassemblages combustibles comportant des crayons à base doxyde duranium enrichi à 2 % en masse duranium 235, gainés en alliage zirconium-niobium et refroidis par de leau légère bouillante, circulant de bas en haut dans des tubes de forces en alliage de zirconium-niobium.
Lempilement de graphite est entouré dun réflecteur de 11,8 m de diamètre et de 7 m de haut. Environ 1700 tubes de force le traversent verticalement. Lensemble repose sur une structure mécano-soudée contenue dans une cavité en béton de 21,60 m de côté et de 25,50 m de haut.
Le RBMK, selon ses concepteurs russes, possède des avantages :
- absence de cuve sous pression,
- absence de générateur de vapeur,
- renouvellement des éléments combustibles du réacteur en fonctionnement
- possibilité de réguler le débit de refroidissement canal par canal et de contrôler chacun deux tant du point de vue thermique que du point de vue de lintégrité des crayons combustibles.
En réalité, ce type de réacteur comporte surtout des inconvénients qui sont rédhibitoires du point de vue de la sûreté:
- forte accumulation dénergie thermique dans les structures du cur du réacteur (structures métalliques, graphite, ),
- instabilité du réacteur à faible puissance
- absence dune troisième barrière de confinement des matières radioactives (il existe 3 barrières dans le REP et 4 barrières dans le REP de type Superphénix).
La tranche 4 de la centrale de Tchernobyl était en service depuis décembre 1993.
Le 25 avril 1986, un arrêt du réacteur était programmé pour effectuer des opérations dentretien. Il était notamment prévu, au cours de cet arrêt, de réaliser un essai particulier, juste avant larrêt de la tranche, qui consistait à vérifier la possibilité dalimenter le circuit de refroidissement de secours du réacteur par lun des groupes turbo-alternateurs, en cas de perte du réseau électrique, avant la reprise par les groupes électrogènes de secours, en jouant sur linertie de la turbine.
Des essais de ce genre avaient déjà été effectués mais des difficultés électriques les avaient perturbés. Un nouveau système de régulation avait alors été installé.
Le 26 avril 1986, le réacteur ne fonctionne pas de façon stable (puissance inférieure à 700 MWth et moins de 30 barres de commande insérées dans le cur) mais les opérateurs décident néanmoins de démarrer lessai prévu au planning. Il y a donc transgression des consignes de sécurité.
Cest alors laccident inévitable : les pompes primaires alimentées par le groupe turboalternateur ralentissent, le débit dans le cur diminue et la température augmente. Le coefficient de température du RBMK étant positif à faible puissance, laugmentation de température saccélère jusquà la rupture de gaines du combustible et de tubes de force.
Cest laccident de réactivité, qui voit la puissance du cur centupler en lespace de quatre secondes.
Une partie de la vapeur deau, puis de lhydrogène, lorsque la réaction zirconium-eau est amorcée, séchappent dans lempilement de graphite qui délimite le cur du réacteur. Lenveloppe étanche du cur se rompt sous lexcès de pression, et lhydrogène et la vapeur deau séchappent à lintérieur des locaux, lhydrogène plus léger se retrouvant dans les parties hautes, notamment sous la dalle de chargement et dans les locaux des séparateurs.
Toutes les conditions sont alors réunies pour provoquer une première explosion de vapeur qui soulève la dalle de mille tonnes recouvrant le cur du réacteur et endommage une partie du circuit de refroidissement.
Deux à trois secondes plus tard, une seconde explosion provoque un incendie par combustion des blocs de graphite ainsi que la destruction de lenceinte du bâtiment réacteur par où séchappe un panache radioactif.
Le cur nest alors plus refroidissable et la situation devient incontrôlable : perte totale de lalimentation électrique, fusion du cur, perte du confinement.
Les radionucléides volatiles propulsés dans latmosphère, principalement liode 131 et le césium 137, constituent un nuage radioactif entraîné par les vents à travers lEurope.
Par contre lessentiel du combustible, composé
déléments non volatils, reste dans le réacteur ou
dans son proche voisinage.
Bernard Wiesenfeld
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