LA LETTRE NUCLEAIRE
N°3 - 1er mai 2000
L'accident de Tchernobyl.
2- - Les conséquences sanitaires en ex-URSS.
Le bilan de l'accident de Tchernobyl est lourd : 31 personnes
sont mortes des suites directes de l'accident parmi les 200 employés
de la centrale (28 sont mortes d'irradiation, 1 de brûlures thermiques,
1 de crise cardiaque et 1 à la suite de la chute de la dalle du bâtiment
réacteur). 237 personnes, parmi les employés et les premiers sauveteurs,
ont été hospitalisées pour un syndrome d'irradiation aiguë.
Depuis 1986, plus d'une dizaine sont mortes, d'autres demeurent en situation
précaire (elles ont reçu plus de 1 gray et ont souvent été
gravement brûlées).
L'ensemble des travailleurs qui ont participé aux opérations de
nettoyage du site et de construction du sarcophage, appelés " liquidateurs
" représente au moins 600 000 personnes qui ont, par conséquent,
été exposés aux rayonnements ionisants.
Parmi elles, plusieurs dizaines ont reçu des doses importantes au cours des premières opérations de nettoyage du site. Malheureusement, aucun relevé dosimétrique fiable n'a été effectué et la plupart d'entre elles se sont ensuite dispersées, échappant à tout suivi épidémiologique rigoureux. Dans leur grande majorité, les liquidateurs reçurent des doses insuffisantes pour provoquer des effets aigus (quelques centaines de millisiéverts en moyenne), mais suffisantes pour entraîner des excès de cancers et de leucémies et, éventuellement, pour les rendre vulnérables à d'autres maladies du fait de la baisse des défenses immunitaires consécutives à l'irradiation (développement de pathologies non spécifiques). Cependant, cette dernière hypothèse sera difficilement démontrable étant donné l'environnement sanitaire en constante détérioration dans l'ex-URSS (l'espérance de vie des citoyens russes a baissé de 6 ans en quelques années à la suite de l'augmentation conjoncturelle de la pauvreté dans ce pays).
Enfin, 135 000 personnes évacuées dans un rayon de 30 km (zone d'exclusion) au cours des premières semaines qui suivirent l'accident reçurent une irradiation importante et 2 millions de personnes, qui continuent de vivre dans des régions contaminées, sont actuellement exposées à une irradiation comprise entre 37 000 Bq/m2 et 185 000 Bq/m2.
Ces populations ont été et seront encore soumises à deux types d'exposition :
Déjà, au début des années 90 apparurent de nombreux cas de cancers de la thyroïde chez des enfants irradiés (plus d'un millier depuis 1990) qui provoquèrent plusieurs décès. En revanche, il semblerait qu'à ce jour aucun excès de leucémie ou de cancers solides autres que le cancer de la thyroïde n'ait pu être constaté. Seul l'avenir permettra de confirmer ou d'infirmer ce premier constat, les cancers radio-induits pouvant être redoutés dans les 20 prochaines années.
Si l'on se fonde sur les résultats d' études épidémiologiques, les populations irradiées d'Ukraine et de Biélorussie, qui ont reçu en moyenne une dose d'environ 100 mSv, ont un risque accru de succomber à un cancer de seulement 0,5 % par rapport au risque naturel. Cela signifie que l'espérance de vie de ces populations n'est quasiment pas modifiée par l'accident de Tchernobyl.
Globalement, l'insuffisance des données accessibles sur l'évolution sanitaire des personnes irradiées et sur les doses effectivement reçues empêche tout bilan exhaustif de la catastrophe de Tchernobyl.
Une telle situation est la porte ouverte aux affirmations les plus fantaisistes. C'est ainsi que, selon des chiffres publiés récemment dans la presse (qui précise toutefois que les sources d'information ne sont pas officielles), 15 000 personnes seraient mortes des suites de l'accident. Les experts occidentaux, quant à eux, considèrent, en se fondant sur des calculs de simulation de l'accident et sur l'état actuel des connaissances sur les effets biologiques des rayonnements, que le nombre de victimes peut difficilement dépasser à ce jour quelques centaines, ce qui est déjà, bien entendu, insoutenable en soi, mais nettement inférieur aux valeurs que d'aucuns se plaisent à colporter avec plus où moins de bonne foi.
Il faut donc relativiser l'événement : L'accident de Tchernobyl est un accident industriel, important certes mais limité, qui a été la conséquence de la très mauvaise conception des centrales nucléaires soviétiques de type RBMK (voir lettre nucleaire.net n° 2).
Les réacteurs RBMK encore en service doivent être
arrêtés au plus vite et remplacés par des réacteurs
nucléaires de conception occidentale infiniment plus sûrs.
BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net
Pour en savoir plus, lire l'ouvrage " l'Atome Ecologique " de Bernard Wiesenfeld. 1998, Editions EDP Sciences ( customers@edpsciences.com ).
Prochaine lettre nucleaire.net, le 15 mai 2000 :
L'accident de Tchernobyl
3- Les conséquences sanitaires en France
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