LA LETTRE NUCLEAIRE
Lettre nucléaire n° 10
Les énergie renouvelables peuvent-elles remplacer lénergie nucléaire ?
2 / lénergie solaire
On regroupe dans les énergies dites renouvelables,
principalement les énergie hydraulique, solaire, éolienne, la
biomasse et la géothermie.
Lénergie hydraulique est utilisée depuis longtemps et sa
part dans la production délectricité est très variable
dun pays à lautre, en fonction des caractéristiques
locales des marées, lacs et cours deau :Norvège 99 %, Chine
18 %, Etats-Unis et Japon 8 %.
En France, lénergie hydro-électrique, qui représente
une contribution stable de 60 TWh/an (environ 16 % de la production électrique
nationale), sest principalement développée dans les années
1950 grâce à la construction de barrages. Cette contribution ne
pourra plus croître dans le futur étant donné la saturation
des sites disponibles.
La biomasse et la géothermie ne pouvant produire de lélectricité
quen quantité marginale, la présente lettre se concentrera
sur l énergie solaire. La précédente lettre (lettre
nucléaire n° 9 du 1/10/00) traitait, quant à elle, lénergie
éolienne.
Energie solaire
Soleil et énergie
Le soleil constitue un gigantesque réacteur nucléaire
dans lequel chaque seconde, 600 millions de tonnes dhydrogène sont
transformées en hélium lors de réactions de fusion nucléaire
qui se traduisent, dune part par une perte de masse du soleil denviron
4 millions de tonnes par seconde et dautre part par lémission
dun rayonnement électromagnétique dune puissance par
m2 solaire denviron 60 millions de Watts.
Avant de nous parvenir, cette puissance est diluée dans lespace,
puis dans latmosphère terrestre de sorte quen moyenne, la
puissance par m2 terrestre est denviron 225 Watts. Cette puissance peut
dépasser 1 kW dans les déserts tropicaux.
En France, selon les régions, la puissance moyenne par m2 au sol varie
entre 150 et 200 Watts, cest-à-dire 300 000 fois moins quà
la surface du soleil.
Ainsi, si lénergie produite par le soleil est considérable,
une très faible partie parvient jusquà la surface terrestre.
En outre, cette énergie comporte 3 inconvénients importants :
Lénergie solaire peut être convertie en électricité,
soit directement par effet photovoltaïque :
Energie solaire --> électricité,
soit indirectement après conversion en chaleur puis en énergie
mécanique, dans une centrale thermique solaire :
Energie solaire --> chaleur --> énergie mécanique -->
électricité
Electricité solaire photovoltaïque
Leffet photovoltaïque fut découvert par
Becquerel en 1839 et permit la conversion directe du rayonnement solaire en
électricité.
Comme toute onde électromagnétique, la lumière du soleil transporte de lénergie sous forme dun flux de photons qui, si lénergie de chaque photon est suffisante, peut arracher et déplacer les électrons dun matériau exposé. La lumière est donc capable de mettre en mouvement des électrons, cest-à-dire de créer un courant électrique.
Cela est généralement réalisé dans des semi-conducteurs
cristallins où les électrons sont localisés dans des états
énergétiques qui les lient aux atomes du réseau. Sous leffet
du flux de photons, ces électrons peuvent se libérer de lattraction
du réseau et participer à la conduction électrique.
Les cellules photovoltaïques sont généralement faites de
silicium monocristallin ou multicristallin.
Le premier requiert un refroidissement lent du silicium fondu (plusieurs heures) et on obtient un cristal qui peut atteindre 1 mètre de long. Ce cristal est ensuite découpé à la scie diamantée en fines tranches de 300 à 400 microns. Le rendement (rapport entre lénergie électrique créée et lénergie solaire reçue) peut atteindre
15 %.
Le silicium multicristallin, quant à lui, est refroidi
plus rapidement. Les cristaux sont plus petits et le rendement est moins élevé
du fait de lhétérogénéité de la cellule
(13 %), mais sa fabrication est moins consommatrice dénergie, donc
moins onéreuse.
Enfin, il existe, à moindre échelle, des cellules constituées
de silicium non cristallin (dit amorphe). Ce matériau est bon marché.
En outre, il absorbe mieux la lumière que le silicium cristallin et une
couche mince de 1 micron suffit. Cependant, les photopiles obtenues ont un rendement
faible (6 %) et instable dans le temps. Elles se sont rapidement imposées
sur le marché des calculettes peu sensibles au rendement des photopiles
et aux instabilités, mais ces défauts deviennent rédhibitoires
sur le marché de lénergie.
Une convention internationale a défini la puissance-crête (unité
: le Watt-crête (Wc)) comme étant la puissance optimale que peut
fournir une photopile dans les conditions de référence suivantes
: éclairement solaire de 1000 Watts par m2 à une température
de 25 °C.
Une seule cellule circulaire de silicium monocristallin de 10 cm de diamètre produit une puissance-crête de 1,3 Wc . Cette puissance correspond à une intensité de courant de 2,7 Ampères sous 0,5 Volts, ce qui est insuffisant pour une quelconque utilisation industrielle. Aussi les cellules sont-elles connectées en série-parallèle (afin daugmenter à la fois lintensité et la tension du courant de sortie) et encapsulées dans un verre ou un plastique pour former un module. Pour fixer les idées, un module de 1 m2, constitué dune centaine de cellules de silicium monocristallin de 10 cm de diamètre, atteindra une puissance-crête dune centaine de Watts. Sous un éclairement solaire moyen de 200 W/m2, ce module produira dans une journée une énergie électrique maximale de 0,5 kWh. Les modules peuvent être assemblés en panneaux pouvant eux-mêmes être interconnectés pour former un champ de modules.
Les panneaux photovoltaïques convertissent donc directement lénergie
solaire en énergie électrique. Celle-ci est stockée dans
une batterie daccumulateur au plomb qui la restitue à la demande.
Un régulateur protège la batterie contre déventuelles
surcharges.
Ainsi le jour, les panneaux chargent les batteries et la nuit, lélectricité est fournie par les batteries.
En ce qui concerne la production délectricité raccordable
au réseau national, lélectricité photovoltaïque,
qui coûte de 2 à 6 francs le kWh, est de 5 à 10 fois plus
chère que lélectricité traditionnelle.
Néanmoins, hormis les petits appareils (montre, calculettes, gadgets,
),
lutilisation de lélectricité photovoltaïque peut
savérer intéressante pour lalimentation déquipements
publics isolés (abris mobiles, panneaux publicitaires, relais de télécommunication,
).
Centrales thermiques solaires
Une fois lénergie solaire convertie en chaleur,
le principe de fonctionnement est le même que celui dune centrale
thermique classique (charbon, fuel, gaz ou uranium) : la chaleur emmagasinée
est transmise à un circuit dont leau est vaporisée. Ensuite,
la vapeur founit de lénergie mécanique en se détendant
dans une turbine et un alternateur associé convertit cette énergie
mécanique en énergie électrique.
Le rendement thermique dune turbine se définit comme étant le pourcentage de lénergie thermique de la vapeur qui est transformée en énergie mécanique dans la turbine.
Il est au maximum égal à lécart relatif de température entre la source chaude et la source froide (principe de Carnot). En conséquence, il faut disposer dune chaleur à très haute température (plusieurs centaines de degrés) pour garantir un rendement suffisant, ce qui ne peut être obtenu quen focalisant les rayons solaires sur une cible.
On distingue 3 types de centrales solaires qui se différencient par la
façon de focaliser les rayons du soleil :
Dans les 3 concepts, les rayons solaires sont concentrés sur des cibles
grâce à une multitude de miroirs. La chaleur emmagasinée
dans ces cibles est ensuite utilisée pour chauffer un fluide caloporteur
qui est transporté par canalisation.
Il faut donc disposer de grands surfaces de terrain (on considère quil
faut au moins 4 ha par MWe produit, soit 40 km2, cest-à-dire près
de la moitié de la surface de Paris intra-muros, pour produire léquivalent
dune seule centrale nucléaire, à condition toutefois que
les conditions densoleillement soient favorables).
Le coût de lélectricité dune centrale solaire
située dans une région où le rayonnement est suffisant
est denviron 0,60 francs à 1 franc le kWhe, soit plus de 3 fois
le prix du kWhe nucléaire.
BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net
Pour en savoir plus, lire l'ouvrage " l'Atome Ecologique
" de Bernard Wiesenfeld. 1998, Editions EDP Sciences (
customers@edpsciences.com ).
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