LA LETTRE NUCLEAIRE

Lettre nucléaire n° 11

Les 23 et 24 novembre 2000 ont eu lieu les 7ème rencontres internationales de Caen consacrées, cette année, au nucléaire civil et militaire.

Voici le résumé de la présentation de B. Wiesenfeld qui rappelle les besoins mondiaux en énergie dans les 50 prochaines années et la place du nucléaire face à la concurrence pour produire l'électricité au plan mondial.

LE MEMORIAL DE CAEN (23-24/11/00)

RESUME DE LA PRESENTATION DE B. WIESENFELD

Les besoins en énergie dépendent de 2 moteurs principaux : la démographie (actuellement 6 milliards d'habitants sur terre, on en prévoit 11 milliards en 2050) et la croissance économique.
Dans les 50 prochaines années, ces besoins seront très variables d'un pays à l'autre, mais globalement en forte croissance (50 % d'ici à 2030) En particulier, la consommation d'énergie va se concentrer de plus en plus dans les pays en développement qui opéreront un rattrapage des pays occidentaux : Le Japon a rattrapé en 50 ans ce que l'occident a construit en 2 siècles. La chine est en passe de suivre l'exemple (développement actuel des mégalopoles de la côte Est du pays, et bientôt du pays en profondeur).

Les secteurs d'utilisation de l'énergie sont la consommation domestique, le transport, l'industrie et l'électricité. C'est l'augmentation des postes " électricité " et " transport " qui prédominera dans la consommation mondiale de l'énergie.

Contrairement au transport, l'électricité est le carrefour des énergies : énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), nucléaire et renouvelables (hydraulique, solaire, éolien).

Les ressources en énergies non renouvelables sont réparties inégalement sur la planète : charbon : Chine, Russie, Amérique du Nord - gaz naturel: Moyen Orient et Russie - pétrole : Moyen Orient pour les 2/3 des réserves mondiales - uranium : Etats-Unis, Canada, Australie, Gabon, Niger, Namibie.
Leur durée de vie est évaluée à 50 ans pour le pétrole et le gaz naturel, 100 ans pour l'uranium et 200 ans pour le charbon.

Chaque pays a sa politique énergétique propre, en fonction de ses intérêts et de ses ressources :
L'Allemagne est charbonnière, l'Italie est pétrolière, la Norvège est hydraulique, la France est nucléaire…
La Chine, qui est charbonnière, doit en outre résoudre des problèmes de logistique (éloignement des mines (Shaanxi, Shanxi, Mongolie intérieure) par rapport aux centres de consommation (côte Est), d'où le développement important de son programme nucléaire).

La France a développé le programme nucléaire actuel de REP à la suite du 1er choc pétrolier de 1973. Aujourd'hui, elle dispose d'un parc de 58 réacteurs nucléaires fournissant 78 % de l'électricité domestique.
La solution nucléaire présente de nombreux atouts d'ordres technique, économique et écologique.

Sur le plan technique, les centrales électronucléaires françaises sont fiables et sûres : disponibilité dans l'année supérieure à 80 % ; aucun accident, selon la classification internationale INES, n'est survenu sur le parc REP français depuis le démarrage du premier réacteur (Fessenheim, 1977).

Du point de vue économique, citons quelques atouts :
- L'énergie emmagasinée dans l'uranium est très concentrée : 1 gramme d'uranium équivaut énergétiquement à 1 tonne de pétrole et, pour fixer les idées, l'exploitation de son parc nucléaire permet à la France d'économiser 80 millions de tonnes de pétrole, soit la production annuelle du Koweit.
- Le parc français est à moitié amorti, ce qui permet d'atteindre un prix du kWhe très compétitif
- Les sources d'approvisionnement de la France sont diversifiées, la mettant à l'abri d'une flambée des prix ou de ruptures d'approvisionnement
- Les réserves mondiales permettent une durée de vie 2 fois supérieure à celle du pétrole et du gaz naturel. Le recours à la surgénération rend ces réserves inépuisables dans un futur prévisible
- La vente de l'excédent de production électrique aux pays voisins rapporte annuellement environ 16 milliards de francs à la France

Du point de vue écologique, les centrales nucléaires ne dégagent pas de gaz à effet de serre (CO2, CH4, N20) ou de polluants atmosphériques (03, N02, SO2).
En outre, le retraitement du combustible usé permet, d'une part de récupérer le plutonium qui est une matière première valorisable et, d'autre part, de réduire le volume des déchets radioactifs à stocker. Pour fixer les idées, la masse moyenne par habitant français et par an des déchets ultimes à vie longue et à haute activité est de 10 grammes, à comparer aux 2,5 tonnes de déchets industriels !

Aujourd'hui, les programmes nucléaires européens sont bloqués, principalement pour des raisons politiques liées aux différents mouvements écologiques. Il en va de même des Etats-Unis où le nucléaire a d'abord fait l'objet d'un moratoire sous la présidence Carter (1976), à cause du risque de prolifération nucléaire.
Seul l'Extrême Orient a des projets d'envergure dans ce domaine.
Cependant, la préoccupation grandissante des pays vis-à-vis du changement climatique lié à l'effet de serre et la perspective d'un épuisement prochain des ressources fossiles, face à une augmentation des besoins, devraient profiter à l'industrie nucléaire et aider au développement des énergies renouvelables :
En ce qui concerne la France, les sites hydro-électriques sont saturés et leur contribution à la production électrique nationale est stable à environ 15 %.
Les énergies éolienne et solaire, quant à elles, doivent être développées sur des sites éloignés du réseau électrique national. En effet, leur faible densité, leur faible rendement et leur caractère périodique et aléatoire en font des énergies délocalisées qui ne peuvent être, au total, que des solutions d'appoint.

En conclusion, le nucléaire peut suffire à lui seul (le fameux " tout nucléaire " des années 80) pour l'approvisionnement français en électricité jusque dans le long terme (futur prévisible).
Cependant, La France ne peut faire cavalier seul dans le contexte actuel d'ouverture du marché.
En conséquence, le nucléaire doit rester la solution dominante en base, le recours aux énergies fossiles devant se faire avec prudence pour des raisons de pollution, d'économie étant donné la limitation des réserves et de tensions sur le marché du gaz et du pétrole. Les énergies solaire et éolienne, quant à elles, doivent se développer sur des sites isolés qui possèdent en outre les caractéristiques requises (ensoleillement, vent).

BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net

Pour en savoir plus, lire l'ouvrage " l'Atome Ecologique " de Bernard Wiesenfeld. 1998, Editions EDP Sciences ( customers@edpsciences.com ).

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