LA LETTRE NUCLEAIRE
Lettre nucléaire n° 12
Uranium appauvri : le « syndrome des Balkans »
Luranium appauvri provient des usines denrichissement de luranium naturel utilisé dans la fabrication du combustible des centrales nucléaires.
On dit que cet uranium est appauvri car il contient seulement 0,2 % duranium 235 (et par conséquent 99,8 % duranium 238) au lieu de 0,7 % duranium 235 dans luranium naturel et 3,5 % dans le combustible nucléaire.
Les périodes radioactives (temps au bout duquel la moitié de la substance radioactive sest désintégrée) de luranium 235 et de luranium 238 sont respectivement de 0,7 milliard dannée et 4,5 milliards dannées.
Plus la période radioactive est grande, moins la substance est radioactive puisquelle mettra plus de temps pour se désintégrer.
Ainsi, luranium appauvri, qui contient moins duranium 235 que luranium naturel, est également moins radioactif.
Cependant, dans les 2 cas, la proportion duranium 238 est nettement dominante et on peut considérer que lon a affaire à de luranium 238 pur.
Cet uranium est émetteur alpha (voit lettre nucléaire n° 5). Par conséquent, la radioactivité est sans danger en irradiation externe (les particules alpha sont arrêtées par une feuille de papier ou par lépiderme de la peau) mais peut présenter un danger en contamination (irradiation interne), cest-à-dire si luranium se fixe dans lorganisme. Nous reviendrons sur cet aspect.
Luranium appauvri est utilisé dans lindustrie civile et militaire du fait de sa très forte densité.
A titre dexemple, côté civil, il est utilisé comme enveloppe de protection des appareils à cobalthérapie que lon rencontre dans le traitement des cancers où encore dans la fabrication de quilles de voilier (ex : le Pen Duick VI dEric Tabarly).
Côté militaire, il est utilisé dans la fabrication de certains obus car il augmente leur capacité de pénétration, par rapport au tungstène, et par conséquent leur efficacité contre les blindés. Luranium appauvri est également utilisé dans les blindages pour les mêmes raisons.
Ce type de munitions a été mis en uvre pour la première fois par les américains pendant la guerre du Golfe (1991), puis en Bosnie (1994-1995) et au Kosovo (1999).
Neuf pays lutilisent également, dont la France avec lobus de 120 mm à flèche en uranium appauvri gainé de métal léger qui équipe le char Leclerc
Quelle est la problématique des Balkans ?
1- On a constaté des leucémies chez des militaires ayant servi aux Balkans
2- Des obus à uranium appauvri ont été utilisés aux Balkans
Or, on a tendance à associer abusivement le cancer à la radioactivité.
Nota : il est vrai que la radioactivité peut, dans certaines conditions très particulières, générer des cancers dans le long terme, mais il est absurde de faire un rapprochement systématique entre radioactivité et cancer : la radioactivité est omniprésente autour de nous (rayonnement cosmique, carbone 14 et potassium 40 de lorganisme humain (nous sommes nous-mêmes naturellement radioactifs !), radon des régions granitiques, uranium naturel, thorium (abondant dans le sol du Kérala en Inde), ) et lhomme sen accommode parfaitement depuis la nuit des temps.
Ainsi, du fait de la présence dobus à uranium appauvri aux Balkans, certains esprits peu informés (ou mal intentionnés) en ont déduit que les leucémies constatées étaient liées à la radioactivité de luranium.
Ce raisonnement est totalement faux.
En effet, les conséquences de lexposition de lhomme à luranium sont connues. Elles ont fait lobjet de recherches approfondies depuis les années 40.
On a coutume de classer les principaux radioéléments en fonction de leur radiotoxicité relative.
Voici le classement de quelques radioéléments connus :
Groupe I. Radiotoxicité très élevée : plutonium 239, polonium 210, radium 226,
Groupe II-A. Radiotoxicité élevée : cobalt 60, cesium 137, iode 131,
Groupe II-B. Radiotoxicité modérée : carbone 14, radon 222,
Groupe III. Radiotoxicité faible : iode 129, thorium 232, uranium 235, uranium 238
Depuis les années 40, des milliers douvriers ont été exposés à luranium et certains en ont souffert.
Les conséquences sanitaires sont essentiellement rénales et il ny a pas dintoxication à luranium sans pathologie rénale détectable.
Dans le contexte de Balkans, la seule voie de contamination possible de luranium est linhalation. En effet lingestion éventuelle ne peut pas conduire à la fixation duranium dans lorganisme.
Les obus à uranium appauvri se vaporisent partiellement au contact de la cible. Les poussières générées senflamment spontanément et créent un aérosol duranium qui peut se déplacer sur des centaines de mètres. Les particules inhalées peuvent se déposer dans les alvéoles des poumons. Elles sont susceptibles de se disperser ensuite dans lorganisme pour se fixer préférentiellement dans les os et les reins. Une partie est éliminée via lurine.
Or, parmi les soldats des Balkans atteints de leucémie, aucun na présenté des troubles rénaux, ce qui laisse à penser quaucun na absorbé la moindre poussière duranium, hypothèse confortée par les analyses durine effectuées par spectrométrie alpha qui se sont toutes révélées négatives.
Enfin, précisons que lon na encore jamais détecté un seul cas de leucémie induite par luranium, ni chez lhomme ni chez lanimal.
Ainsi, sil y a un problème dans les Balkans et dans le Golfe, il faut chercher sérieusement une cause autre que luranium appauvri, par exemple le stress de la guerre, les hydrocarbures et solvants et, en ce qui concerne la guerre du Golfe, la survaccination, les pesticides, les antidotes administrées comme la pyridostigmine, etc
En conclusion, pour apporter une réponse définitive et scientifiquement irréprochable aux questions posées par le « syndrome des Balkans », il faut entreprendre une étude épidémiologique afin de voir :
1- Sil y a un lien statistique entre la guerre des Balkans et les leucémies survenues chez certains militaires ayant servi dans la région,
et, dans lhypothèse dune réponse positive,
2- Sil y a une relation de cause à effet entre les obus à uranium appauvri et les leucémies constatées.
Les faits exposés ci-dessus montrent quà lévidence les résultats de létude épidémiologique démontreront labsence de lien de causalité entre uranium appauvri et leucémie.
Cependant ces résultats passeront probablement inaperçus dans le public.
Ainsi, leffet dannonce, arme favorite des spécialistes de la désinformation, aura parfaitement fonctionné :
On se souviendra du syndrome des Balkans mais on aura oublié
quil était infondé.
BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net
Pour en savoir plus, lire l'ouvrage " l'Atome Ecologique
" de Bernard Wiesenfeld. 1998, Editions EDP Sciences (
customers@edpsciences.com ).
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