LA LETTRE NUCLEAIRE
Lettre nucléaire n° 13
Le plutonium
Tout et son contraire ont été dits sur le plutonium, le faisant apparaître tantôt comme le poison le plus redoutable, tantôt comme une matière première providentielle.
Ces quelques lignes ont pour ambition de présenter cet élément chimique, avec ses défauts et ses qualités, de la façon la plus objective possible.
Le plutonium 239 nexiste plus naturellement car, sa période étant de 24 000 ans seulement, il sest désintégré rapidement, à léchelle de lunivers, après avoir été créé en même temps que la terre il y a 5 milliards dannées.
En revanche, il a été obtenu artificiellement pour la première fois en laboratoire par léquipe du prix Nobel de physique Glenn T. Seaborg à lUniversité de Berkeley en 1940.
Il a ensuite très vite été utilisé dans le domaine militaire, pour la confection de certaines bombes atomiques à fission (Bombe A). Tel fut le cas de la bombe atomique que les américains firent exploser à Nagasaki en 1945, qui entraîna la capitulation sans condition du Japon et mit fin promptement à la 2ème guerre mondiale.
Côté civil, le plutonium est fabriqué en quantité pendant le fonctionnement d un réacteur nucléaire à eau, par bombardement de luranium 238 par les neutrons responsables de la réaction de fission en chaîne.
Contrairement à luranium 235, luranium 238 nest pas fissile car il ne fissionne pas (ou encore ne se casse pas) sous leffet du bombardement de neutrons lents.
En revanche, il est fertile car il génère en réacteur le plutonium 239 qui, lui, est fissile.
Dans un réacteur à eau sous pression (REP) utilisant un uranium faiblement enrichi (environ 3,5 %), le plutonium est responsable du 1/3 de la puissance fournie, ce qui est considérable.
Dans un surgénérateur de type Superphénix (RNR), il est le principal contributeur à la puissance fournie.
Avant daborder la radioactivité du plutonium et ses dangers pour lêtre humain, arrêtons-nous un instant sur les 2 aspects militaire et civil abordés ci-dessus.
Le plutonium, tout comme luranium, est utilisé, nous venons de le voir, dans la fabrication de la bombe atomique.
La décision du président Truman de bombarder Hiroshima, puis Nagasaki peut être controversée. Elle intervint en effet alors que la victoire des alliers était acquise.
Cependant, elle fit léconomie de linvasion du Japon par les troupes américaines et par conséquent elle évita des affrontements dont les pertes humaines auraient été nettement supérieures à celles subies à Hiroshima et Nagasaki réunies (200.000 morts environ).
De façon plus générale, larsenal nucléaire sinscrit, pour les pays détenteurs de larme atomique dont la France, dans le principe de dissuasion militaire qui consiste à dissuader lennemi potentiel dattaquer sous peine de déclencher une riposte beaucoup plus destructrice que lattaque initiale.
Cette logique de paix par la terreur est probablement responsable de labsence de conflits mondiaux depuis plus de 60 ans, événement unique dans lhistoire de lhumanité.
A lissue de la guerre froide, cette logique sest poursuivie, notamment, par la décision bilatérale russo-américaine déliminer le surplus de plutonium issu de leurs armements nucléaires respectifs qui devraient, dans les cadre des accords START ( STrategic Armament Reduction Talks), être progressivement réduits. Rappelons que lobjectif actuel est de réduire le nombre de têtes nucléaires stratégiques de part et dautre à 3500 dici à 2003, conformément à laccord START 2 signé en 1993 mais non encore ratifié par la DOUMA, chambre basse du parlement de la Fédération de Russie.
En ce qui concerne lutilisation civile, le plutonium est une matière première précieuse.
Nous savons que les principales matières premières pour la production dénergie sont les énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole), lénergie nucléaire (uranium, plutonium) et les énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolien, géothermie, biomasse).
Nous savons en outre que les réserves non renouvelables sépuiseront à court terme étant donné le développement économique et lexpansion démographique au plan mondial (50 ans pour le gaz et le pétrole, 100 ans pour luranium, 200 ans pour le charbon) et que la portée des énergies renouvelables est limitée (sites saturés comme en France pour lhydraulique, rareté des sites pour la géothermie, forte dilution et par conséquent faibles puissances réelles pour le solaire et léolien, faible rendement pour la biomasse).
En conséquence, la seule solution connue à ce jour face au risque imminent de pénurie dénergie est le recours , dici 30 à 50 ans, à la production de plutonium dans les surgénérateurs.
Le plutonium apparaît donc comme une matière première vitale qui évitera la pénurie dénergie dans une période de transition qui pourrait durer plusieurs centaines dannées, avant lavènement de systèmes énergétiques utilisant la fusion nucléaire, ou tous autres systèmes dont nous navons pas encore idée aujourdhui.
Rappelons enfin que le plutonium renferme une énergie fabuleuse puisquun seul gramme de plutonium équivaut énergétiquement à une tonne de pétrole !
Malheureusement, le plutonium na pas que des qualités. Cest en effet un élément qui peut être toxique pour lhomme, du fait de ses caractéristiques chimiques intrinsèques (on parle de toxicité chimique) ou du fait de sa radioactivité (on parle de radio-toxicité).
En ce qui concerne la toxicité chimique, qui est liée à la structure électronique de latome, on est en présence dun phénomène assez courant dans les métaux où leurs dérivés (exemple : le saturnisme pour le plomb).
Sa radio-toxicité, quant à elle, provient de la capacité du plutonium à se fixer durablement, lorsquil est inhalé ou ingéré, dans des organes critiques comme les os, le poumon ou le foie. Il constitue alors une source interne de rayonnement alpha, qui est très ionisant donc susceptible de provoquer des lésions graves dans les cellules de la matière organique.
Cependant, il ne faut pas diaboliser cet élément dont les avantages compensent largement les inconvénients.
Pour fixer les idées, rapportons une anecdote qui est à cet égard symptomatique.
Durant le déroulement du projet Manhattan à Los Alamos (US, Nouveau-Mexique) en 1944 et 1945 (projet de réalisation de la 1ère bombe atomique à fission (A) aux Etats-Unis, décidé par le Président Roosevelt pour lutter contre la menace hitlérienne), 26 personnes absorbèrent accidentellement des quantités non négligeables de plutonium (quantités considérées en théorie comme létales).
40 ans plus tard, seulement 4 personnes étaient mortes, dont 1 seule par cancer.
Etant donné lâge de ces personnes, le nombre attendu de morts par cancer chez ces mêmes personnes en labsence de toute contamination aurait été de 2 ou 3.
Il est clair quil sagit là dun
échantillon de population très petit et donc non représentatif.
Cependant, si le plutonium avait été un poison aussi terrible
que daucuns le prétendent, il y aurait eu beaucoup plus de victimes
chez les personnes contaminées au plutonium de Los Alamos.
BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net
Pour en savoir plus, lire l'ouvrage " l'Atome Ecologique
" de Bernard Wiesenfeld. 1998, Editions EDP Sciences (
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