Lettre nucléaire n° 24
Le nucléaire et l'Europe des quinze
A la veille des élections présidentielles, il est opportun de faire le point sur la problématique nucléaire dans l'Europe en construction et sur le dossier nucléaire en particulier.
En matière énergétique, chaque pays a sa
politique propre, en fonction de ses ressources internes, mais également
de ses courants politiques :
- L'Allemagne est charbonnière
- L'Italie est pétrolière
- La Norvège est hydraulique
- La France est nucléaire
Jusqu'à une époque récente, la poussée
de mouvements politiques écologistes ont provoqué le recul du
nucléaire qui aurait dû logiquement se développer en Europe.
Cependant ces mouvements sont actuellement en régression car on prend
progressivement conscience qu'ils ne se sont jamais vraiment intéressés
à la défense de l'environnement et que leurs positions tranchées,
à l'instar de la lutte contre le nucléaire, relevaient davantage
d'une stratégie politique visant la cohésion des partis à
l'interne et la recherche avide du pouvoir à l'externe, que d'une quelconque
préoccupation écologique.
L'exemple de la Suède est éloquent :
En 1989, à la suite de l' " onde de choc " provoquée
par la catastrophe de Tchernobyl, ce pays, dont la part du nucléaire
dans la production électrique approche 50 %, décide d'abandonner
progressivement la production d'électricité nucléaire conformément
aux résultats du référendum de 1980.
En conséquence, les premières décisions ont été
prises en ce sens début 1997 par le gouvernement suédois qui a
programmé la fermeture de la centrale de Barsebäck ( 2 réacteurs
à eau bouillante de 600 MWe) : 1ère tranche en 1998 et 2ème
tranche en 2001. La fermeture de la dernière centrale nucléaire
du parc suédois devait survenir en 2010.
Aujourd'hui, seule la première tranche de la centrale de
Barsebäck a été arrêtée et la majorité
du pays s'oppose à la continuation du programme de dénucléarisation
considéré comme une erreur historique pour l'environnement et
pour l'économie.
En pratique, 11 réacteurs sur 12 fonctionnent actuellement à plein
régime et fournissent environ 20 % d'énergie de plus qu'il y a
15 ans !
Il y a fort a parier que l'Allemagne, qui a suivi l'exemple suédois
en décidant de se retirer progressivement du nucléaire au cours
des 20 prochaines années, connaisse le même retournement de situation
que la Suède. L'Allemagne va certes développer ses énergies
renouvelables et augmenter ses importations de gaz de Russie, mais le recours
au charbon est inéluctable dans ce pays qui regorge de lignite.
La conséquence immédiate sera une augmentation du prix de l'électricité,
toujours très impopulaire, une dégradation catastrophique de l'atmosphère
en gaz à effet de serre (gaz carbonique, méthane, oxyde nitreux)
et en gaz polluants (ozone, dioxyde d'azote et dioxyde de soufre), et une dégradation
de l'environnement terrestre en déblais des mines de charbon (terril)
et en déchets de combustion (cendres de foyer).
Ces conséquences immédiates seront condamnées
par les populations locales ( brouillards polluants, odeurs, effets sanitaires,
).
En outre, en ce qui concerne la lutte contre le changement climatique, l'Allemagne
n'a plus aucune chance de respecter les engagements de Kyoto.
En effet, ce pays doit réduire ses émissions de gaz carbonique
de 12 % d'ici à 2010. Comment pourra-t-il y parvenir s'il remplace ses
centrales nucléaires (qui ne dégagent pas de gaz carbonique à
l'atmosphère) en centrales au charbon extrêmement polluantes !
En réalité la décision d'arrêter le
nucléaire en Allemagne est purement politique mais non viable à
long terme pour des raisons économiques et de respect de l'environnement.
D'ailleurs le CDU, principal parti de l'opposition, a clairement déclaré
qu'il annulera la loi d'abandon du nucléaire dès son retour au
pouvoir.
La Finlande anticipe la reprise du développement du nucléaire
en Europe.
Il y a un an, le Parlement a voté à une très large majorité
(159 voix pour sur 199 députés) la construction d'un centre de
stockage de ses déchets nucléaires. La Finlande devient ainsi
le premier pays au monde à autoriser l'enfouissement permanent de son
combustible usé.
Les travaux commenceront en 2010 et le centre, situé à 200 km
d'Helsinki, sera opérationnel en 2020. Ce plat pays, ne disposant pas
comme ses voisins suédois et norvégien de l'énergie hydraulique,
compte 4 réacteurs nucléaires qui produisent 27 % de l'électricité
du pays. Mais cette part risque d'augmenter car le gouvernement a donné
son accord pour la construction d'un cinquième réacteur. Le parlement
devrait logiquement voter l'autorisation en mai 2002.
La France possède 58 réacteurs nucléaires qui fournissent près de 80 % de l'électricité nationale. Si le Verts ont obtenu, à la suite d'accords pré-électoraux avec le parti socialiste en 1997, l'abandon malheureux de Superphénix, leurs revendications actuelles anti-nucléaires, totalement irréalistes, sont accueillies à gauche, par une fin de non recevoir.
En effet, un abandon en France du nucléaire serait suicidaire.
- Du point de vue économique, le parc nucléaire est a moitié
amorti et, étant donné le coût très bas du combustible,
le prix de l'électricité est, en France, parmi les plus bas d'Europe.
En outre, l'industrie nucléaire nous confère une indépendance
énergétique forte, qui nous met à l'abri d'un défaut
d'approvisionnement consécutif à un problème géopolitique
ou à la perspective prochaine de l'épuisement des réserves
en hydrocarbure (durée de vie moyenne de 50 ans pour le pétrole
et le gaz), ou encore d'une flambée intempestive des cours du pétrole
ou du gaz,
- Du point de vue écologique, une centrale nucléaire ne dégage
pas de gaz à effet de serre. En conséquence, grâce à
son programme nucléaire, la France fait partie des rares pays industrialisés
à respecter les engagements de Kyoto. En outre, la quantité de
déchets générés par l'industrie nucléaire
est très faible en comparaison des autres déchets de l'activité
humaine. Donnons un ordre de grandeur des déchets industriels générés
en France, par an et par habitant :
Déchets industriels : 2,5 tonnes
Dont déchets nucléaires : 1 kg
Dont déchets type C (*) : 10 g
(*) les déchets nucléaires de type C sont les seuls à faire l'objet de discussions car ils ont une durée de vie qui peut être très longue. Ils devraient logiquement être stockés en profondeur dans des sites géologiques. Cependant, il n'y a pas d'urgence en la matière car, pour des raisons de dégagement de chaleur, il faut attendre une trentaine d'années entre le moment où le combustible sort du réacteur et le moment où il peut être stocké en profondeur. Le parlement se déterminera en 2006 sur la base des solutions proposées, conformément à la loi Bataille de 1991.
- Du point de vue de la sûreté, l'industrie nucléaire est
l'industrie la plus sûre. Plus de 400 centrales nucléaires fonctionnent
actuellement dans le monde et, à part le réacteur de Tchernobyl
qui est conçu selon des règles qui n'auraient jamais été
acceptées dans les pays occidentaux, aucune victime n'est à déplorer
du fonctionnement du parc mondial.
En conséquence, il n'y a pas d'alternative sérieuse au nucléaire
en Europe et ce, pour au moins 1 siècle.
Citons Mme Loyola de Palacio, vice-présidente de la Commission Européenne et chargée du dossier de l'énergie à Bruxelles :
" Si nous abandonnions le nucléaire, cela libèrerait
300 millions de tonnes de gaz carbonique par an dans l'atmosphère ! Pour
situer ce chiffre, il faut comprendre que nos engagements au titre du protocole
de Kyoto concernent une réduction annuelle de 100 millions de tonnes.
Et, au stade actuel de nos connaissances scientifiques, nous avons malheureusement
la certitude que le changement climatique s'accélère.
Les énergies renouvelables, dont je suis le plus ardent défenseur,
ne suffisent pas, pour pouvoir les substituer au nucléaire. Il ne reste
que le fossile, c'est-à-dire le gaz carbonique, c'est-à-dire l'effet
de serre.
Le nucléaire est à l'origine d'un tiers de notre production énergétique,
et nous ne pouvons y renoncer, pour des questions de stabilité des prix
autant que de sécurité d'approvisionnement ".
BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net
Pour en savoir plus, lire l'ouvrage " l'Atome Ecologique
" de Bernard Wiesenfeld. 1998, Editions EDP Sciences (
customers@edpsciences.com ).
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