Lettre nucléaire n° 25

Peut-on se passer du nucléaire ?

 

En France, les sondages montrent que la population française est majoritairement favorable au développement de l’énergie nucléaire.

Un seul parti politique s’oppose au nucléaire : le parti des verts.

On peut légitimement se poser des questions sur leurs motivations profondes étant donné qu’ils n’ont aucune solution alternative à proposer !

Effectivement, nous allons tenter de résumer les raisons pour lesquelles il n’y a pas, durant ce XXIème siècle, d’alternative.

1- Les besoins mondiaux en énergie

La demande énergétique est liée au développement démographique et à la croissance économique.

. Côté démographie, plus on est nombreux sur terre et plus on dépense d’énergie. Or, nous sommes aujourd’hui 6 milliards d’individus et nous serons environ 11 milliards d’ici à la fin du siècle

. Côté croissance économique, si les pays industrialisés vivent une certaine stagnation, il n’en va pas de même des pays en développement. La consommation d’énergie va de plus en plus se concentrer dans les pays en développement qui rattrapent les pays industrialisés : le Japon a rattrapé l’Occident en 50 ans et la Chine, du moins pour ce qui concerne la mégalopole de la côte Est du pays, est en train d’aller plus vite encore.

Ainsi, ce qui va caractériser les 50 prochaines années, c’est le décollage et l’accès à l’industrialisation des pays en développement.

Au total, dans les 50 prochaines années, les besoins en énergie seront très variables d’un pays à l’autre, mais globalement en forte croissance. On évalue cette croissance à 50 % en 30 ans, passant de 10 milliards de tonnes équivalent pétrole (10 GTEP) en 2000 à 15 GTEP en 2030.

Les secteurs d’utilisation de l’énergie sont principalement :

- La consommation domestique (chauffage et confort domestique)

- Les transports

- L’industrie

- L’électricité

Les 2 secteurs qui vont le plus se développer sont les transports et l’électricité.

Mais alors que la matière première pour les transports, avant l’avènement de la voiture électrique ou à pile à combustible, est essentiellement le pétrole (secteur monosource), l’électricité, quant à elle, est le carrefour des énergies (pétrole, gaz, charbon, nucléaire, hydraulique, éolien, solaire, …).

2- Les ressources en énergie

On distingue :

- Les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon)

- L’énergie nucléaire (uranium, plutonium, thorium)

- Les énergies renouvelables (hydraulique, solaire, éolien, biomasse, géothermie)

Quelle est la répartition de ces ressources sur la planète ?

En ce qui concerne les énergies fossiles, le charbon est assez bien réparti mais le pétrole et le gaz sont concentrés pour les 2/3 au Moyen Orient. Ceci pose bien entendu un problème de prix et d’approvisionnement. Un pays trop dépendant du pétrole sera tributaire des pays producteurs et perdra son indépendance énergétique. C’est face à cette menace que la France a développé son programme nucléaire à la suite de la 1ère crise pétrolière de 1973 . Grâce à ce choix, nous avons aujourd’hui un taux de dépendance très faible vis-à-vis de l’étranger et nous sommes indifférents à toute flambée des prix du baril de pétrole ou à toute décision d’un pays producteur de pétrole d’interrompre ses livraisons.

L’uranium est assez bien réparti sur la planète. En particulier, la France s’approvisionne auprès du Gabon, du Niger, de la Namibi, de l’Australie, des Etats-Unis et du Canada

Quelles sont les réserves disponibles ?

Les énergies fossiles ont une durée très limitée dans le temps car les réserves en pétrole et gaz seront épuisées d’ici à environ 60 ans. Les réserves en charbon sont plus abondantes (environ 200 ans de réserve)

Les réserves en uranium sont évaluées à environ 100 ans en utilisant les réacteurs REP actuels du parc français à eau légère sous pression. Cependant, le recours aux surgénérateurs (type Superphénix) multiplie ces réserves par 60, ce qui constitue des réserves illimitées à l’échelle de notre société. En outre, il existe de l’uranium dans l’eau de mer et nous développons actuellement des techniques d’extraction. Enfin, le surgénérateur de type Superphénix utilise comme matière fissile du plutonium fabriqué en réacteur à partir de l’uranium 238. Nous pouvons aisément concevoir un surgénérateur utilisant comme matière fissile l’uranium 233 fabriqué en réacteur à partir du thorium que l’on trouve en abondance dans la nature.

Ainsi nous constatons que l’énergie nucléaire est très bien répartie sur la surface terrestre (et dans les océans) et qu’elle est quasiment inépuisable.

En ce qui concerne les énergies renouvelables, l’hydraulique est utilisée depuis longtemps. Elle constitue 99 % de la production d’électricité en Norvège. En France, les barrages hydro-électriques construits dans les années 50 fournissent aujourd’hui environ 15 % de notre électricité. Les sites exploitables sont saturés et par conséquent, ce pourcentage ne pourra guère progresser à l’avenir.

Le solaire et l’éolien doivent être développés mais ces énergies comportent des inconvénients majeurs:

- Elles sont chères (électricité produite 3 fois plus chère que le nucléaire pour l’éolien et près de 10 fois plus chère pour le solaire)

- Elles sont très diluées à la surface de la terre, d’où une faible densité énergétique. En conséquence, il faut couvrir une surface terrestre importante pour obtenir une énergie significative (A titre d’exemple, il faut plusieurs milliers d’éoliennes pour obtenir l’équivalent en énergie d’une seule centrale nucléaire)

- Elles sont périodiques (alternance jour/nuit et présence de nuages pour le solaire et irrégularité du vent pour l’éolien.

- Elles ont un très faible rendement (moins de 20 %)

- Elles sont difficiles à stocker.

En conséquence, ces énergies ne sont en aucune manière une alternative au nucléaire. Elles peuvent néanmoins être développées sur des sites isolés du réseau électrique. Cela permet d’économiser un peu d’énergie et d’éviter les dépenses de connexion au réseau.

La biomasse et la géothermie, quant à elles, sont des énergies non significatives en terme de contribution à la production électrique nationale.

Les prévisions indiquent que la consommation d’énergie fossile va commencer à décroître à partir de 2020 et qu’en 2060, les 2/3 des besoins en énergie seront assurés par le nucléaire et les énergies renouvelables.

Selon ce scénario, le nucléaire sera prépondérant dans les pays développés et les énergies renouvelables seront principalement réservées aux pays en développement.

3- Le réchauffement climatique

Si nous maintenons les émissions actuelles de gaz carbonique dans l’atmosphère, le climat risque d’être bouleversé au cours de ce siècle : augmentation du niveau des océans de 50 cm et augmentation de la température moyenne du globe de 5 °C avant 2100.

Cela se traduira par des désertifications, des inondations, des catastrophes climatiques et , pour nos régions, le dérèglement du Gulf Stream, ce qui aura pour conséquence un refroidissement sévère de notre côte atlantique

Ainsi, le protocole de Kyoto (1997) impose aux pays de réduire leurs émissions de gaz carbonique. Les centrales nucléaires ne dégagent aucun gaz à effet de serre, contrairement aux centrales utilisant le gaz, le fuel ou le charbon. Elles seules sont en mesure d’éviter la catastrophe climatique annoncée au cours de ce siècle.

En conclusion, il n’y a pas d’alternative au nucléaire au cours de ce siècle, à moins de décider d’une régression économique concertée au plan mondial.

Aujourd’hui, notre industrie nucléaire nous confère une indépendance énergétique nous mettant à l’abri des crises pétrolières ainsi qu’un prix de l’électricité stable et le moins cher d’Europe.

En outre, nos faibles émissions de gaz carbonique contribuent efficacement à la lutte contre le réchauffement climatique.

Demain, notre industrie nucléaire satisfera nos besoins en énergie lorsque les réserves fossiles s’épuiseront.

Le nucléaire est un passage obligé pour assurer la transition avant que les générations futures ne découvrent de nouvelles technologies (aujourd’hui insoupçonnées) afin d’ assurer leurs propres besoins en énergie.



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Pour en savoir plus, lire l'ouvrage " l'Atome Ecologique " de Bernard Wiesenfeld. 1998, Editions EDP Sciences ( customers@edpsciences.com ).

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