Lettre nucléaire n° 27
Ségolène Royal et l’Énergie
L’objectif des « lettres nucléaires» est de commenter l’actualité nucléaire en apportant au public des informations rigoureuses et objectives sur la problématique de l’énergie en général et du nucléaire en particulier, et en exprimant l’opinion d’experts indépendants, libres de s’exprimer en dehors de toutes pressions en provenance de groupes industriels ou politiques.
En cette période pré-électorale, peu de candidats se sont exprimés sur le sujet délicat de l’énergie, considéré comme trop sensible et par conséquent trop risqué.
Cependant, la candidate Ségolène Royal a fait sur ce sujet à plusieurs occasions
des déclarations qu’il nous paraît utile de rappeler et de commenter :
1- La France possède
aujourd’hui 58 réacteurs nucléaires qui produisent 80 % de l’électricité
nationale. Mme Royal souhaiterait réduire ce pourcentage à 50 % à l’horizon
2020, en fermant les centrales « les plus anciennes et les plus dangereuses »
Il n’y a pas de centrale nucléaire dangereuse en France et depuis la divergence du premier REP en 1978 (Fessenheim), aucun accident n’a été signalé. Le parc français est un des plus sûrs au monde et nos centrales les plus anciennes ne sont pas dangereuses d’autant qu’elles bénéficient d’un important retour d’expérience.
Le plus ancien réacteur devrait arriver en fin de vie à l’horizon 2020 et la 3ème génération (l’EPR) devrait alors prendre le relais, avant l’avènement des réacteurs de 4ème génération vers 2035.
Arrêter prématurément des réacteurs nucléaires est un gaspillage technique, économique et environnemental que la société pourra difficilement supporter.
Ramener la part du nucléaire à 50% de l’électricité nationale à l’horizon 2020 est irréaliste, car cela nous amènerait à abandonner à terme l’énergie nucléaire et donc à nous condamner à une crise énergétique sans précédent.
En
outre, il faudrait remplacer les réacteurs arrêtés par des milliers d’éoliennes
et des dizaines de centrales au gaz émettrices de gaz à effet de serre ! On
perdrait en outre notre indépendance énergétique et subirait la flambée du prix
du gaz inéluctable lorsque le pic de production sera atteint (vers 2030).
2- Afin de dissuader
l’Iran de se doter d’un armement nucléaire, Mme Royal préconise la suspension de
notre aide dans le domaine du nucléaire civil iranien.
L’Iran a signé le Traité de non Prolifération nucléaire (TNP) dans lequel il est stipulé que les pays qui ne possèdent pas l'arme atomique ne doivent pas chercher à en devenir détenteur. En contrepartie, tous les pays signataires s'engagent à faciliter un échange aussi large que possible d'informations, d'équipements et de matières nucléaires pour les utilisations pacifiques de l'énergie nucléaire.
En
outre, les efforts de l’Iran consistent à se doter d’une bombe à uranium et pour
ce type de bombe, l’acquisition d’un réacteur nucléaire civil n’est d’aucune
utilité. En effet, il suffit d’extraire l’uranium de la mine (l’Iran en possède
sur son territoire) et d’enrichir cet uranium à l’aide de centrifugeuses (l’Iran
en possède un nombre suffisant). La fabrication de la bombe relève ensuite d’une
technologie spécifique qui n’a aucun point commun avec la technologie du
réacteur nucléaire.
3- Mme Royal a affirmé que la France possédait un seul sous-marin nucléaire
En réalité, il existe 10 sous-marins nucléaires en fonctionnement appartenant à 2 catégories différentes :
- Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). Ils participent à la dissuasion française. Les missiles stratégiques qu’ils transportent permettent d’atteindre n’importe quelle cible à la surface du globe si les intérêts vitaux de la nation sont menacés. La France possède quatre SNLE car on applique le principe de double redondance : cela permet d’assurer, compte tenu des cycles d’entretien, la permanence en mer de 2 bâtiments, redondance nécessaire en cas de neutralisation de l’un d’entre eux. Ils sont équipés de missiles mer-sol balistiques M45 (portée 4000 km) dotés de 6 têtes nucléaires TN75. A l’horizon 2010, le missile M45 sera remplacé par le M51 (portée 6000 km) doté, à partir de 2015, des nouvelles têtes nucléaires TNO. Noms des SNLE : Inflexible, Triomphant, Téméraire, Vigilant,
- Les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA). Près de 4 fois plus petits que les SNLE, ils sont également beaucoup plus mobiles. Leurs missions consistent à faire du « nettoyage de zone », c’est-à-dire de protéger la flotte, inspecter les alentours, voire éliminer les menaces qui pèsent sur le bâtiment dont ils assurent la protection. Ils ne possèdent pas de charge nucléaire. La France possède six SNA : Rubis, Saphir, Casabianca, Emeraude, Améthyste, Perle.
BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net
Pour en savoir plus, lire les ouvrages de Bernard Wiesenfeld :
- De l’Énergie en général au Nucléaire en particulier (2007, à paraître)
Éditions EDP Sciences ( customers@edpsciences.com ).
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