Lettre nucléaire n° 28

Jacques Chirac et la bombe iranienne

 

Le Président Jacques Chirac s’est exprimé le 29/1/2007  dans un entretien accordé à des journalistes du Nouvel Observateur, du New York Times et de l’International Herald Tribune sur la possibilité pour l’Iran de se doter de l’arme nucléaire en ces termes :

« Je dirais que ce n’est pas tellement dangereux par le fait d’avoir une bombe nucléaire – peut-être une deuxième un peu plus tard, bon …ça n’est pas dangereux. Mais ce qui est dangereux, c’est la prolifération », puis il ajouta :
« Le danger, ce n’est pas la bombe qu’il va avoir, et qui ne lui servira à rien … Il va l’envoyer où, cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée».

 

Ces propos, formulés de manière étonnamment sereine, sont d’autant plus inquiétants qu’ils sont partagés par de nombreuses personnalités du monde journalistique ou politique.
Nous pensons au contraire que la bombe iranienne provoquera la ruine du Traité de non prolifération nucléaire (TNP) et le début de la prolifération qui menacera la survie de l’humanité.
Huit pays possèdent actuellement l’arme atomique : les États-unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine, l’Inde, le Pakistan et Israël (non officiel).

C’est huit pays de trop, mais c’est un fait historique incontournable dont on doit tenir compte.

Aussi, le traité de non prolifération a-t-il été mis en place pour éviter que d’autres pays viennent s’ajouter à cette triste liste et, en contrepartie, pour aider les pays non détenteur de l’arme nucléaire et qui abandonnent, en signant le traité, toute velléité à l’acquérir, à se doter d’une industrie nucléaire civile.
L’objectif ultime serait que l’arme atomique soit éradiquée, mais cette perspective semble parfaitement utopique étant donné les rapports de force géopolitiques qui prévalent dans le monde.
Parmi les huit pays cités, le Pakistan constitue dès aujourd’hui une menace sur la planète car ce pays politiquement instable peut basculer à tout moment dans l’intégrisme musulman dont les initiatives, une fois au pouvoir, seraient aussi imprévisibles qu’incontrôlables.

Comment peut-on envisager la bombe iranienne avec sérénité lorsque son président Mahmud Ahmadinejad tient des propos aussi haineux et virulents à l’encontre des États-unis et d’Israël dont il réclame inlassablement  sa destruction ?
Quelle personne sensée et responsable peut prétendre que nous ne risquons rien en laissant ce pays accéder à l’arme atomique ?
 Le risque que nous encourrons est de voir ce pays utiliser ses bombes ou, mieux encore, s’adresser discrètement à des groupes terroristes qui les utiliseront à leur manière en toute impunité car aucune riposte n’aura de prise sur eux.

Il existe différents  types de bombes atomiques et de vecteurs envisageables pour les véhiculer.

Pour fixer les idées en ne citant qu’un exemple de scénario parmi beaucoup d’autres, l’explosion d’une bombe artisanale au plutonium ou à l’uranium facilement transportable par des terroristes démunis de grands moyens pourra aisément  atteindre 100 tonnes de TNT.
Explosant en zone urbaine à même le sol, une telle bombe fera un cratère de 30 mètres de diamètre et tuera  des milliers de personnes par le souffle, la chaleur et les radiations sur un rayon d’au moins 500 mètres.
 Ainsi, la prolifération nucléaire aboutira inéluctablement à l’usage d’armes atomiques par un nombre grandissant d’acteurs, que ce soit des pays qui en seront devenus détenteurs ou des groupes terroristes à la solde d’un pays commanditaire ou agissant pour leur propre compte.
L’arme atomique sera banalisée, son usage généralisé  et l’humanité mise en péril, par les millions de victimes directes des explosions et par la pollution atmosphérique et des sols générée par les substances radioactives disséminées.

Il est donc d’une nécessité vitale d’empêcher l’Iran de se nucléariser (militairement et non civilement, faut-il le rappeler (voir lettre nucléaire n° 27)).
C’est le plus grand défi auquel nous sommes confronté aujourd’hui.
Ceci devrait constituer notre priorité absolue, bien avant la lutte contre le réchauffement climatique qui, pourtant, nous interpelle.
En effet, voilà dix ans que nous écrivons sur les menaces que l’activité humaine fait peser sur le climat depuis le début de l’ère industrielle (cf. « L’Atome Écologique » de B. Wiesenfeld (EDP Sciences)).
Cependant, si nous devons nous efforcer de limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) en préparant dès aujourd’hui la période de l’après-pétrole (économies d’énergie, électricité nucléaire, voiture électrique, hybride, à pile à combustible), nous n’échapperons pas à un réchauffement de la planète quand bien même nous arrêterions promptement  toute émission de GES.
En outre, les réserves d’hydrocarbures étant limitées à une cinquantaines d’années et, dans ce laps de temps, un changement de cap des principaux pollueurs (États-unis, Chine et bientôt Inde) étant peu probable, nos efforts, quels qu’ils soient, auront in fine peu d’impact sur l’évolution du climat étant donné que la France représente à peine 1 % de la population mondiale.

En conséquence, le désastre climatique occasionné par le changement climatique déjà en marche s’ajoutera au lot des catastrophes naturelles, des guerres, du terrorisme, de la misère, des épidémies …mais la survie de l’humanité ne sera pas pour autant menacée.
Tel n’est pas le cas de la prolifération nucléaire et, plus généralement, de la prolifération des armes de destruction massive (nucléaire, chimique, bactériologique) dont nous parlerons dans une prochaine lettre.

 

 

BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net

Pour en savoir plus, lire les ouvrages  de Bernard Wiesenfeld :

-          L’atome Écologique (1998)

-          L’Énergie en 2050 (2006)

-          De l’Énergie en général au Nucléaire en particulier (2007, à paraître)

 Editions EDP Sciences ( customers@edpsciences.com ).

 

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