Lettre nucléaire n° 29

Le terrorisme et l’arme chimique

 

Nous avons évoqué dans la précédente lettre l’usage par des terroristes de l’arme nucléaire.
L’objectif était de sensibiliser sur les risques quasiment suicidaires pour l’humanité de la prolifération nucléaire qui résulterait de la nucléarisation de l’Iran.

La présente lettre est consacrée à l’arme chimique.
Le but est de démontrer la facilité avec laquelle des pays « voyous » ou des groupes terroristes peuvent déstabiliser le monde à l’aide d’armes de destruction massive (ADM)  relativement faciles à produire et utiliser.
Le message est donc de tout mettre en œuvre au plan international pour empêcher la prolifération des ADM.

 Des trois types d’ADM, nucléaire, chimique et bactériologique, l’arme chimique est la plus accessible aux terroristes.
L’arme chimique est une arme utilisant un agent chimique toxique pour l’homme.
On distingue 4 principaux types d’agents chimiques : les agents vésicants (ypérite, lewisite), les agents suffocants (phosgène, chlore), les agents asphyxiants (zyklon B), les agents neurotoxiques (tabun, sarin, soman, VX).

Les agents neurotoxiques sont les plus toxiques  et les plus rapides d’effet d’où leur succès auprès des terroristes.
En outre, le principe de fabrication de ces armes tombe dans le domaine public. Un étudiant en chimie n’a aucune difficulté à fabriquer du tabun, du sarin ou du soman à partir d’ingrédients en vente libre.
Le tabun est l’agent le plus facile à produire.
Une fois en possession du gaz, le terroriste doit trouver un moyen de le disséminer pour toucher un maximum de civils.
Le plus simple consiste à déposer la bombe chimique dans un endroit discret et de provoquer, à l’aide d’un système approprié, l’échappement du gaz mortel.
Les systèmes de déclenchement disponibles sont les mêmes que ceux utilisés pour un explosif conventionnel.
Trois systèmes sont alors envisageables : le système à retardement, le système de contrôle à distance et l’action involontaire de la cible elle-même.
Le dispositif à retardement le plus simple est fabriqué à partir d’une minuterie et d’un mouvement d’horlogerie. Plus sophistiqués sont les dispositifs chimiques et barométriques. Le dispositif barométrique, souvent complémentaire du dispositif de minuterie, déclenche la charge explosive à partir d’une altitude programmée. Il a souvent servi dans les attentats d’avions de ligne. Le système de contrôle à distance, quant à lui, effectue la mise à feu à l’aide d’une télécommande. Il assure par voie hertzienne la fermeture d’un circuit permettant la mise sous tension d’un détonateur électrique. Le système de télécommande est doté d’un codeur qui, connecté à un émetteur, déclenche l’explosion de la bombe tout en empêchant le déclenchement intempestif causé par exemple par la présence d’ondes parasites.

 Parfois, la méthode de dissémination de l’agent chimique est archaïque : tel fut le cas de l’attaque au sarin perpétrée par des membres de la secte Aoum Shinrikyo dans le métro de Tokyo en 1995, qui fit 12 morts et plus de 1000 blessés, dont 54 gravement. Le système utilisé fut en effet un simple parapluie !

Voici brièvement les détails de l’opération :

L’attaque impliqua 5 équipes composées chacune de 2 individus, l’un devant pénétrer dans le métro avec le gaz mortel pendant que l’autre attend dans une voiture parquée à proximité de la station.
Le sarin fut placé dans des sacs de plastique scellés, eux-mêmes enveloppés par sécurité dans un autre sac (une quantité minime au contact de la peau peut être fatale). Les terroristes transportèrent au total 11 sacs.
L’attaque se déroula simultanément sur les 3 lignes de métro qui convergent vers la station de Kasumigaseki, en plein centre de Tokyo.
Les sacs furent déposés à même le sol à l’intérieur des wagons à proximité des portes d’accès et perforés au moment adéquat à l’aide de l’extrémité d’un parapluie. Aussi, la vapeur neurotoxique put-elle rapidement se répandre dans la station dès l’ouverture des portes d’accès.
Les usagers qui prirent place près de l’emplacement des sacs perforés furent les plus grièvement intoxiqués. Ils furent affectés par une violente toux, des convulsions voire une perte de conscience qui entraîné pour certains d’entre eux la mort.

Malgré l’odeur inhabituelle qui se dégageait et les nombreux usagers affectés physiquement par la vapeur toxique, il n’y eu aucun mouvement de panique.
Une évacuation de la station s’ensuivit dans les 10 minutes.

L’attaque déjà meurtrière aurait pu l’être beaucoup plus si le sarin avait été plus concentré. En effet, la production précipitée du sarin par les terroristes avait entraîné la formation d’impuretés dans le liquide toxique, réduisant ainsi son efficacité de 30 %.

 

 

BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net

Pour en savoir plus, lire les ouvrages  de Bernard Wiesenfeld :

-          L’atome Écologique (1998)

-          L’Énergie en 2050 (2006)

-          De l’Énergie en général au Nucléaire en particulier (2007, à paraître)

 Editions EDP Sciences ( customers@edpsciences.com ).

 

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