Lettre nucléaire n° 32
Les éléments du choix énergétique pour les prochaines années
Article de Bernard Wiesenfeld dans le journal « Ouest France » du 29/11/2005
Afin de satisfaire nos besoins en énergie, nous serons confrontés dans les prochaines années aux problématiques liées au réchauffement climatique et au tarissement annoncé des réserves d’hydrocarbures.
Le réchauffement climatique, dont nous commençons à subir les premiers effets aujourd’hui, est dû principalement aux émissions de dioxyde de carbone (CO2), qui est le gaz à effet de serre le plus « efficace ».
Si nous ne changeons pas nos habitudes et notre mode de vie, la température moyenne à la surface de la Terre augmentera d’environ 5 °C et le niveau des océans s’élèvera d’une fraction de mètre d’ici à la fin du siècle. Il en résultera une modification sensible du climat : désertifications, multiplication d’épisodes de grands froids et de canicules, submersion de zones côtières, fréquence accrue de catastrophes naturelles …
Le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère terrestre provient principalement de la combustion des énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole).
Or 85 % des besoins énergétiques sont actuellement assurés par les énergies fossiles utilisées dans les secteurs de l’industrie, de la consommation domestique et du transport.
En outre ces besoins sont tirés par les pays en développement, en premier la Chine, mais aussi l’ Inde et le Brésil, dont l’accroissement démographique et la croissance économique soutenue conduiront à un doublement de la consommation mondiale d’énergie à l’horizon 2050.
Dans ces conditions, pourra-t-on demain à la fois satisfaire la demande mondiale d’énergie et sauvegarder l’environnement ?
La réponse est oui, à condition d’effectuer dès aujourd’hui les bons choix concernant la maîtrise de l’énergie, la gestion du cycle du carbone et l’évolution du mix énergétique.
. Les
premiers efforts de maîtrise de l’énergie remontent à la première crise
pétrolière de 1973.
En effet, devant la situation de totale dépendance énergétique vis-à-vis des
pays producteurs de pétrole, les pays consommateurs réagirent en menant une
politique rigoureuse d’économie d’énergie et de développement d’énergies de
substitution (d’où le développement des réacteurs nucléaires français actuels à
eau sous pression).
Nous pouvons aujourd’hui effectuer des économies significatives, notamment sur
les postes d’éclairage, de chauffage et de climatisation, de transport routier,
ainsi que dans le secteur industriel, à partir de l’amélioration des procédés de
fabrication.
Cependant, ces efforts ont leurs limites, qui sont imposées par la technologie
et par le fait qu’ils ne sont réalisables, en pratique, que dans les pays
industrialisés.
. La gestion du cycle du carbone passe par la nécessité de récupérer le dioxyde de carbone émis par l’industrie et, autant que faire se peut, de l’éliminer par séquestration, c’est-à-dire par injection dans des formations géologiques profondes, du type réservoirs gaziers ou champs pétrolifères épuisés.
.
Enfin, l’évolution du mix énergétique suppose le remplacement des combustibles à
forte teneur en carbone (charbon, pétrole) par des combustibles hydrogénés à
teneur en carbone réduite (gaz naturel) et le recours aux énergies
non-émettrices de CO2, principalement l’hydraulique (lorsque la
topographie locale le permet) et le nucléaire (lorsque la situation
politico-économique du pays considéré le permet) et, dans une moindre mesure,
les énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, géothermie)
Dans un souci de valorisation, les hydrocarbures seront utilisés lorsque leur
haute densité énergétique et leur richesse chimique seront exploitées au mieux,
c’est-à-dire :
. dans les transports. Cependant, pour le transport routier, on évoluera progressivement vers des solutions de type électrique : voiture électrique (batterie), voiture hybride (moteur thermique assisté par un moteur électrique) puis voiture à pile à combustible (hydrogène).
. dans la pétrochimie (plastique, caoutchouc, cosmétique, textile, bitume …)
Dans les autres usages, notamment électriques, il sera opportun de recourir à l’énergie nucléaire. En effet, les réserves en combustible fissile sont assurées pour des milliers d’années (si l’on fait appel aux surgénérateurs) (voir lettre n° 31) et cette industrie ne dégage pas de gaz à effet de serre.
BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net
Pour en savoir plus, lire les ouvrages de Bernard Wiesenfeld :
- De l’Énergie en général au Nucléaire en particulier (2007, à paraître)
Editions EDP Sciences ( customers@edpsciences.com ).
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