Lettre nucléaire n° 33

Le concept de développement durable

1- Introduction au développement durable

Dans les trente dernières années, la société mondiale a progressivement pris conscience que la Terre était un espace restreint aux ressources limitées et que la poussée démographique rendrait rapidement le système planétaire difficilement viable si rien n’était modifié dans notre mode de vie et nos habitudes : les ressources s’épuiseraient rapidement, les populations se concentreraient de plus en plus dans des mégapoles insalubres, les inégalités entre les peuples se creuseraient et finalement nos  sociétés évolueraient dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu.
A ces réflexions se greffèrent des considérations d’ordre environnemental et sanitaire mettant en évidence les menaces qu’un développement incontrôlé de notre économie ferait peser sur notre propre existence.

Ces menaces proviennent :

 - à court terme, de la multiplication des catastrophes industrielles telles que Seveso (accident sur une usine chimique en Italie,  dégagement de dioxine à l’atmosphère, 1976), Amoco Cadiz (échouement d’un pétrolier dans le Finistère, déversement de 230.000 tonnes de pétrole sur la côte bretonne, 1978), Bhopal (accident sur une usine chimique en Inde, dégagement de gaz toxiques mortels à l’atmosphère, 1984), Tchernobyl (accident sur un réacteur nucléaire en Ukraine, dégagement massif de substances radioactives à l’atmosphère, 1986) …
- à moyen et long terme, de la dégradation anthropique de notre environnement, matérialisée par la pollution de l’air et de l’eau, les pluies acides, la disparition d’espèces animales, la déforestation sauvage, la réduction de la couche d’ozone stratosphérique,  le réchauffement climatique ...

Dès lors, quelques constatations symptomatiques nous interpellent: 

. Nous serons environ 9 milliards de terriens en 2050, ce qui représentera 3 milliards d’individus supplémentaires à nourrir, loger, éclairer, dont la plupart vivront dans les pays en développement, alors qu’aujourd’hui-même, 1 milliard souffrent de la faim et 2 milliards n’ont pas accès à l’électricité.
. Le développement des pays riches s’effectue souvent aux dépens des pays pauvres qui s’appauvrissent davantage. La pauvreté ne cesse  en effet d’augmenter chez les plus démunis : En 15 ans, 20 nouveaux pays sont entrés dans le cercle des pays les moins avancés et l’espérance de vie de certains pays d’Afrique a reculé de 20 ans du fait du développement de pandémies.
 . Si les habitants des pays en développement consommaient autant qu’en Occident, les réserves mondiales disponibles de matière première seraient épuisées en quelques années, ce qui signifie que nous ne pouvons pas à la fois prôner une forte croissance économique et souhaiter notre niveau de vie pour tous les peuples du monde.
 . Si nous continuons de brûler la matière première fossile (charbon, pétrole, gaz) comme nous le faisons aujourd’hui, la température moyenne à la surface de la planète augmentera d’environ 5 °C d’ici à 2100, ce qui correspond à la variation de température que nous avons connu depuis l’époque de la dernière glaciation.

Mais cette variation s’effectuera en un siècle et non en 20 millénaires.

En conséquence, les modifications climatiques attendues seront forcément plus sévères, mais également inconnaissables avec précision dès lors qu’un tel scénario aura été sans précédent dans l’histoire de l’humanité.
Ainsi se pose la question fondamentale de savoir comment concilier progrès économique et développement social sans mettre en danger l’équilibre naturel de la planète ? Comment répartir les richesses entre les pays riches et les pays pauvres ?
Comment assurer la pérennité de notre civilisation, c’est-à-dire comment léguer à nos descendants un « état des lieux » leur permettant de satisfaire leurs propres besoins  ?
Le domaine d’analyse des conditions d’un développement harmonieux s’est donc élargi dans l’espace et le temps, en intégrant l’ensemble des peuples du monde et en tenant compte des générations futures.
C’est pour apporter des réponses concrètes à ces questions qu’est né le concept de développement durable, qui fut formalisé pour la première fois en 1987. 

2- Définition du concept de développement durable

En 1971, le Club de Rome, relayé par une équipe de chercheurs du MIT (Massachussetts Institute of Technology), publie un texte iconoclaste intitulé « Halte à la croissance ». Face à la surexploitation des ressources naturelles liée à la croissance économique et démographique, cette association privée internationale créée en 1968, prône la croissance zéro. En clair, le développement économique est alors présenté comme incompatible avec la protection de la planète à long terme.

C’est dans ce climat d’apparente antinomie entre écologie et économie que se tint la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement humain, à Stockholm, en 1972,
Conférence qui sera à l’origine du premier vrai concept de développement durable, baptisé à l’époque « éco-développement ». Des personnalités reconnues insistèrent sur la nécessité d’intégrer l’équité sociale et la tolérance écologique dans les modèles de développement économique du Nord et du Sud. Il en découla la création du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) ainsi que le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Dans le même temps, la société civile prit conscience de l’urgence de mettre en place une solidarité planétaire pour faire face aux grands bouleversements des équilibres naturels. Ainsi, au cours des années 80, le grand public découvrait tout à la fois les pluies acides, le trou dans la couche d’ozone, l’effet de serre, la déforestation et la catastrophe de Tchernobyl.

Dès 1980, l’UICN (Union Mondiale pour la Nature) parla pour la première fois de « sustainable Development » (traduit par Développement Durable). Mais le terme passa presque inaperçu jusqu’à sa reprise dans le rapport de Gro Harlem Brundtland, « Notre Avenir à tous », publié en 1987. A l’époque Premier ministre norvègien et présidente de la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement, madame Brundland définit ce concept comme étant :

 « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

Depuis cette date, le concept de Développement durable a été adopté dans le monde entier.

La même idée est véhiculée par le proverbe suivant, dont l’origine est incertaine:

« Soyez bons avec la Terre : elle ne vous a pas été donnée par vos parents, elle vous a été prêtée par vos enfants. Nous n’héritons pas la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ».

Pour parvenir au développement durable, les entreprises, les pouvoirs publics et la société civile devront travailler en symbiose afin de réconcilier trois mondes qui se sont longtemps ignorés : l’économie, l’environnement et le social (voir fig. 5.1). A long terme, il n’y aura pas de développement possible sans l’efficacité économique, l’équité sociale et la tolérance écologique.

Le développement durable repose donc sur 3 piliers :

-          Le pilier économique : le développement durable doit favoriser le progrès économique en stimulant l’initiative et l’innovation

-          Le pilier social : il doit accompagner et renforcer le progrès social pour une meilleure satisfaction des besoins de tous (santé, logement, éducation …), et plus particulièrement de ceux des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande attention

-          Le pilier écologique : face à la croissance démographique et au développement industriel, il est nécessaire de préserver et valoriser notre environnement afin qu’il puisse répondre aux besoins actuels et futurs

Le concept de développement durable à été légitimé par la Conférence Mondiale de Rio en 1992. Il s’adresse en priorité aux responsables des institutions nationales et internationales et des collectivités mais il sollicite également le monde économique. Le sommet de Johannesburg de 2002 a conforté l’analyse faite à Rio et recommande un changement profond des modes de production et de consommation en s’appuyant notamment sur l’analyse du cycle de vie des produits projetée sur les trois dimensions sociale, économique et environnementale.

 

BWM Conseil
Section Communication
bmwconseil@nucleaire.net

Pour en savoir plus, lire les ouvrages  de Bernard Wiesenfeld :

-          L’atome Écologique (1998)

-          L’Énergie en 2050 (2006)

-          De l’Énergie en général au Nucléaire en particulier (2007, à paraître)

 Editions EDP Sciences ( customers@edpsciences.com ).

 

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